FranceRéservé aux membres 28/06/20264Ajouter aux favoris

À quarante-huit heures du vote solennel, la loi dite d'aide à mourir franchit un seuil inédit : les établissements de santé - y compris catholiques - ne pourront plus refuser collectivement de pratiquer l'acte létal sur leurs patients. La liberté institutionnelle de conscience est abolie.
Nous avions suivi, semaine après semaine, la progression de ce texte qualifié par ses promoteurs de "triomphe de la liberté". Le 27 juin, les députés ont achevé la nouvelle lecture. Le vote solennel est fixé au 30 juin 2026. Mais une disposition, moins médiatisée que le débat sur le suicide assisté ou l'injection létale, risque de produire des effets durables et profonds sur l'ensemble du tissu sanitaire français : la suppression de la clause de conscience institutionnelle.
En l'état du texte adopté, les établissements de soins - cliniques, hôpitaux, maisons de retraite, EHPAD - n'auront pas le droit de se déclarer structurellement opposés à la pratique de l'aide à mourir. Seuls les professionnels de santé individuellement conservent une clause de conscience personnelle. Mais l'établissement lui-même, en tant que personne morale, ne peut pas objecter.
Concrètement : une clinique catholique, une maison de soins palliatifs tenue par une congrégation religieuse, ne pourra pas inscrire dans son règlement intérieur ou ses statuts l'exclusion de l'acte létal. Elle devra, si un patient éligible le demande, soit le pratiquer, soit le "réorienter" - c'est-à-dire organiser son transfert dans un établissement acceptant.
Gènéthique rapporte la formule de la commission mixte paritaire : l'établissement devra "garantir la continuité des soins". Ce qui, dans les faits, revient à participer à la chaîne organisationnelle de la mort provoquée.
L'Évangile de la Vie est sans ambiguïté : "la coopération formelle à une action intrinsèquement mauvaise ne peut jamais être justifiée" (Evangelium Vitae, n. 74). La coopération matérielle immédiate - organiser le transfert d'un patient pour qu'il reçoive un acte létal - est une coopération proxime qui engage la responsabilité morale de l'institution.
Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne au n. 2277 que "tout acte qui cause directement la mort d'êtres humains invalides, malades ou mourants est un meurtre moralement inadmissible." Forcer une institution catholique à s'inscrire dans la chaîne organisationnelle de cet acte, c'est lui ôter la capacité d'être ce qu'elle est : un lieu où l'on soigne sans tuer.
La liberté religieuse institutionnelle, garantie par l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme, protège non seulement les croyants individuellement, mais les institutions qui agissent selon leurs convictions religieuses. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (arrêt Obst c. Allemagne, 2010 ; arrêt Siebenhaar c. Allemagne, 2011) reconnaît aux institutions confessionnelles un droit à l'autonomie institutionnelle. La suppression de la clause de conscience des établissements ouvre une voie de contentieux devant la CEDH que les institutions catholiques auraient tort de négliger.
Les établissements de santé d'inspiration catholique représentent en France une part significative de l'offre hospitalière, particulièrement dans le secteur de la gériatrie et des soins palliatifs. Forcer ces établissements à "réorienter" leurs patients vers la mort est une atteinte directe à leur mission. Mgr Aveline l'avait dit clairement : "On ne peut pas déguiser en geste de soin le fait de donner la mort."
L'Église en France est désormais confrontée à un choix institutionnel : soit se soumettre à la loi et devenir complice de la chaîne létale, soit résister et s'exposer à des sanctions. Les responsables des établissements catholiques devront, dès la promulgation, examiner la portée exacte du texte avec leurs conseils juridiques et leurs évêques référents.
La loi distingue soigneusement la conscience individuelle (protégée) de la conscience institutionnelle (abolie). Cette distinction n'est pas neutre : elle vise précisément à contourner les institutions confessionnelles. On notera que trois députés de gauche - Belluco, Potier, Peu - ont voté contre, et que le Premier ministre Bayrou a publiquement exprimé ses réserves. Ces fissures ne suffisent pas à changer l'issue, mais elles signalent que la majorité morale, y compris à gauche, n'est pas acquise.
Le mouvement citoyen "Nos mourants ne sont pas des encombrants" continue de rassembler soignants et familles. Il incarnera, après le vote, la résistance civile à une loi dont les effets concrets resteront à évaluer dans la durée.
"Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal" (Is 5, 20). La conscience n'est pas un luxe individuel : elle est le fondement de toute institution qui prétend soigner au nom d'une vision de l'homme. Que les fidèles soutiennent leurs établissements catholiques de santé, par leur présence, leur prière et, si nécessaire, leur résistance juridique organisée.
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C’est bien beau de parler de liberté, mais on force les hôpitaux catholiques à faire ce qu’ils refusent depuis toujours. Où est la logique ?
C’est bien ça le problème : si l’hôpital doit le faire, comment être sûr que le patient ne se sentira pas poussé à demander ça pour « libérer un lit » ou ne pas déranger ?
C’est dur à avaler : on va obliger nos hôpitaux catholiques à faire ce qu’ils refusent depuis toujours. Où est le respect pour ceux qui soignent autrement ?
Supprimer cette clause, c'est forcer les hôpitaux catholiques à faire ce qu'ils refusent depuis toujours. On nous dit que c'est pour la liberté, mais où est la nôtre ?
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