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Le vote solennel de l'Assemblée nationale est fixé à demain. La CEF parle d'un engagement « durable ». Dix ans d'expérience québécoise témoignent déjà de la dérive. Analyse d'Isabelle de Franclieu.
Nous avions suivi, semaine après semaine, la progression inexorable de la proposition de loi sur l'aide à mourir. Le vote solennel de l'Assemblée nationale est désormais fixé au 30 juin 2026. La France s'apprête à franchir ce que certains juristes nomment déjà un Rubicon législatif. La Haute Autorité de santé n'a pas attendu : elle liste déjà les substances létales susceptibles d'être utilisées, signifiant par là que l'administration est prête bien avant le vote.
La Conférence des évêques de France a publié le 29 juin un communiqué solennel, qualifiant le vote à venir d'acte « qui va engager durablement notre société » et appelant chaque député à voter « en conscience ». La mobilisation citoyenne du 28 juin à Paris a rassemblé entre 4 000 et 5 000 personnes. Dans les couloirs de l'Assemblée, des députés affichent un « doux mépris » pour les convictions religieuses des opposants - l'expression est d'Aleteia, mais elle dit la réalité d'un débat où l'argument moral est systématiquement rabattu sur le communautarisme. Au Québec, où l'aide à mourir est légale depuis dix ans, un témoin direct déclare à La Croix : « Je ne vois pas la belle mort. »
La position de l'Église est sans ambiguïté. Le Catéchisme de l'Église catholique (n° 2277) le formule avec précision : « Quels qu'en soient les motifs et les moyens, l'euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable. » Jean-Paul II, dans Evangelium Vitae (n° 65), rappelle que l'acte de donner la mort délibérément ne peut jamais constituer une forme de respect de la personne. Le fait que la loi prévoie un « suicide assisté » plutôt qu'une injection létale ne change pas la nature de l'acte : l'intention de provoquer la mort demeure.
La doctrine sociale de l'Église précise par ailleurs que le rôle de l'État n'est pas de légaliser ce que la conscience morale réprouve, mais de protéger le plus faible. En ouvrant l'aide à mourir, le législateur ne libère pas le malade : il le soumet à une pression sociale nouvelle, celle de ne pas « être un fardeau ».
Les Petites Sœurs des Pauvres ont déjà averti : elles pourraient être contraintes de fermer leurs établissements si la loi les oblige à pratiquer ou à faciliter l'aide à mourir. Mgr Rougé a porté la même alerte. C'est la liberté institutionnelle de l'Église en France qui est en jeu - son droit à soigner et à accompagner sans trahir sa mission. Le texte ne prévoit pas de clause de conscience institutionnelle suffisamment robuste pour protéger les établissements confessionnels.
La référence au « libre choix » occulte la pression systémique exercée sur les plus vulnérables. L'expérience québécoise - que les partisans du texte refusent d'examiner honnêtement - montre une extension progressive des critères d'éligibilité, ce que la littérature bioéthique nomme le « glissement ». La Belgique et les Pays-Bas en offrent une démonstration encore plus frappante : l'aide à mourir y est désormais accessible à des mineurs et à des personnes souffrant de troubles psychiatriques. Aucun promoteur de la loi française ne répond sérieusement à ce précédent.
L'Evangelium Vitae (n° 90) rappelle que la force de la loi positive ne peut se substituer à la conscience. Il reste quelques heures : écrire à son député, prier, jeûner. L'Église ne se résigne pas, comme le disent eux-mêmes ses fidèles mobilisés. Et demain, quoi qu'il advienne du vote, le travail pastoral, juridique et médical continuera. Accompagner les mourants avec art et foi - c'est cela, la réponse de l'Église à la culture de mort.
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La CEF parle d'engagement durable, mais l'Église a déjà changé d'avis sur des lois dans le passé. C'est un peu facile de jouer les Cassandre maintenant.
Ce vote me fait peur, pas seulement pour les malades, mais pour nos enfants qui grandiront avec cette idée que la mort est une solution.
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