FranceRéservé aux membres 28/06/20267Ajouter aux favoris

Le vote solennel est fixé au 30 juin. Tandis que les députés s'apprêtent à trancher, médecins et Église disent une même vérité que la loi refuse d'entendre : soins palliatifs et aide à mourir sont irréductiblement incompatibles.
Nous avions rendu compte, dans notre livraison du 28 juin, de la suppression de la clause de conscience institutionnelle pour les établissements de soins. Le texte adopté en nouvelle lecture contraint désormais ces établissements à « garantir la continuité des soins », y compris l'aide à mourir. Le vote solennel approche : 30 juin 2026.
A 48 heures du vote, le chirurgien pédiatrique Emmanuel Sapin réaffirme une position sans concession : soins palliatifs et euthanasie sont « incompatibles et inconciliables ». La formulation n'est pas rhétorique. Elle désigne une divergence anthropologique radicale. Les soins palliatifs accompagnent le mourant vers sa mort naturelle en soulageant la douleur. L'aide à mourir provoque délibérément la mort. En Allemagne, des palliativistes ont exprimé la même résistance devant la loi sur l'assistance au suicide, soulignant que l'accompagnement de la fin de vie ne peut pas coexister avec la mise à mort volontaire dans le même cadre de soin. Mgr Aveline l'avait dit avec clarté : « On ne peut déguiser en geste de soin le fait de donner la mort. »
Cette incompatibilité que la médecine palliative perçoit de l'intérieur, l'Église l'articule depuis des décennies. Evangelium Vitae (n. 65) établit sans équivoque la distinction entre le refus de l'acharnement thérapeutique - acte licite - et l'euthanasie - acte « intrinsèquement mauvais ». Le Catéchisme de l'Église catholique est précis : est euthanasie « une action ou une omission qui, de soi ou dans l'intention, donne la mort afin de supprimer la douleur » (CEC 2277). Aucune clause de compassion ne transforme cet acte en soin. La suppression de la clause de conscience des établissements pousse la logique jusqu'à son terme : contraindre les structures mêmes du soin à organiser la mise à mort, même par délégation.
Les établissements catholiques et les maisons de soins palliatifs d'inspiration chrétienne se retrouvent en première ligne. L'obligation de « garantir la continuité des soins » signifie concrètement : organiser le transfert du patient vers un établissement qui pratiquera l'acte. Cette coopération, même indirecte, pose une question canonique non résolue. Elle mérite une réponse claire des évêques de France, sans délai. Seuls les professionnels de santé individuellement conservent leur clause de conscience - protection partielle et fragile.
Trois voix dissidentes de gauche - Belluco, Potier, Peu - ont voté contre lors de la nouvelle lecture. Bayrou reste réservé. Ces résistances n'inverseront pas le résultat du 30 juin. Mais elles révèlent que la ligne de fracture n'est pas confessionnelle : elle traverse les consciences. La question de la protection des personnes fragiles - malades dépressifs, personnes âgées soumises à des pressions familiales, individus dont le « désir de mourir » exprime une détresse sociale - demeure entière, non résolue par la loi.
Jean-Paul II dénonçait la contradiction d'une époque où « une vie qui réclamerait plus d'accueil, d'amour et de soin est considérée comme inutile » (Evangelium Vitae, n. 12). A la veille du vote solennel, soutenons les soignants qui refusent de trahir leur serment et les maisons de soins palliatifs qui incarnent une autre réponse à la souffrance : l'accompagnement de la vie jusqu'à son terme naturel, non son abrègement délibéré.
Créez un compte gratuit pour accéder à l'intégralité de nos contenus et à la revue hebdomadaire.
Connectez-vous pour rejoindre la discussion.
En Belgique, ils arrivent à faire coexister les deux sans que les soins palliatifs en souffrent. Pourquoi pas nous ?
Accompagner jusqu'au bout, c'est ça la vraie charité. Pas un choix technique, mais un cœur à cœur.
Accompagner, c'est rester là même quand on n'en peut plus, sans leur proposer une sortie de secours.
Forcer les hôpitaux à accepter ça, c'est comme leur demander de trahir leur mission. Les médecins vont se sentir coincés, non ?
Je me demande si on ne confond pas dignité et abandon. Laisser quelqu'un choisir de mourir, est-ce vraiment lui rendre sa liberté ?
Sophie a raison : parler de liberté, c’est oublier que choisir sa mort, c’est souvent juste céder à la peur de souffrir seul.
La vraie compassion, c'est d'abord écouter la souffrance sans décider à la place des gens. Pourquoi imposer une seule vision de la dignité ?
C’est vrai, on ne peut pas dire qu’on soigne quelqu’un en l’aidant à mourir. La vie mérite qu’on se batte pour elle, pas qu’on lui donne un coup de pouce.
Les palliatifs soulagent le corps, d'accord, mais quand l'angoisse vous serre la gorge la nuit, ça ne suffit pas. On parle de quoi, alors ?
Aide à mourir : le référendum bloqué, l'Assemblée dans la semaine du vote