MondeRéservé aux membres 23/06/20260Ajouter aux favoris

Plusieurs organisations internationales alertent sur un risque d'atrocités de masse à El Obeid, capitale du Kordofan du Nord assiégée par les Forces de soutien rapide. L'histoire récente d'El-Fasher est là pour rappeler ce que ces alertes peuvent signifier pour les chrétiens soudanais.
Le Soudan vit depuis avril 2023 une guerre civile entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR), milice à prédominance arabe anciennement liée aux janjawids du Darfour. À l'automne 2025, la prise d'El-Fasher s'était accompagnée de massacres documentés par les Nations Unies et l'AED. En juin 2026, c'est El Obeid, capitale de l'État du Kordofan du Nord, qui fait l'objet d'un siège.
La Croix du 23 juin 2026 rapporte que plusieurs organisations internationales alertent sur un risque « d'atrocités de masse » à El Obeid, similaires à celles commises à El-Fasher. Les FSR contrôlent une large partie du territoire soudanais. El Obeid abrite une population civile importante, dont des communautés chrétiennes, et un diocèse catholique. Aucune résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU n'est annoncée à ce stade.
L'Église a une doctrine claire sur les guerres civiles et les crimes contre les civils. Le Compendium de la DSE (n°500-501) rappelle que le droit humanitaire international est moralement contraignant, et que les attaques délibérées contre des populations civiles constituent des crimes contre l'humanité que la communauté internationale a le devoir de prévenir. La notion de responsabilité de protéger (R2P), reconnue par l'ONU en 2005 et compatible avec la doctrine catholique de la guerre juste (CEC n°2307-2309), crée une obligation d'agir que le silence diplomatique actuel viole de fait.
Les chrétiens du Soudan subissent depuis des décennies une pression systématique. L'AED les signale régulièrement parmi les communautés prioritaires de son suivi des persécutions (rapport AED 2025). El Obeid n'est pas une ville anonyme pour l'Église : son diocèse catholique témoigne d'une présence enracinée que la guerre menace d'effacer.
L'alerte des organisations internationales demeure verbale et sans suite. La guerre au Soudan reste sous-médiatisée en Europe, écrasée par les crises ukrainienne et iranienne. Cette invisibilité est en elle-même un angle mort éthique : on ne protège que ce que l'on voit. L'Église, par sa présence locale et ses réseaux (AED, Caritas, diocèses), dispose d'une connaissance de terrain que les gouvernements n'ont pas.
L'absence de réaction internationale forte tient à la géopolitique : le Soudan ne dispose pas du levier pétrolier d'Ormuz ni de la visibilité médiatique de l'Ukraine. Les FSR sont financées par des États du Golfe, ce qui complique toute pression diplomatique. La communauté internationale a laissé El-Fasher brûler ; le précédent pèse.
« Voici le cri de ton frère qui monte vers moi depuis la terre » (Gn 4,10). Prier pour les chrétiens d'El Obeid, soutenir l'AED dans ses actions d'urgence pour le Soudan, alerter les élus et les médias sur le silence diplomatique européen : trois actes simples pour ne pas être complice de l'oubli qui précède les massacres.
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Soudan : la guerre civile et le sort des chrétiens