RomeRéservé aux membres 23/06/20263Ajouter aux favoris

Le 16 juin, Léon XIV a déclaré envisager un "nouvel appel" aux lefebvristes pour leur demander de ne pas ordonner d'évêques le 1er juillet. Une ordination sans mandat pontifical constituerait un acte schismatique en droit canonique. La fenêtre se referme.
Le 16 juin 2026, Léon XIV a déclaré aux journalistes qu'il envisage d'adresser un "nouvel appel" à la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) : "Nous les avons invités, et j'envisage encore de leur adresser un nouvel appel, pour leur dire : 'Ne faites pas cela. Essayons de vivre la communion dans l'Eglise.' Mais c'est leur choix. Ils doivent comprendre ce que cela signifie pour eux-mêmes et pour l'Eglise."
La FSSPX a annoncé vouloir ordonner des évêques le 1er juillet 2026. Cette ordination, si elle a lieu sans mandat pontifical, constitue un acte schismatique au sens du droit canonique.
Plusieurs analyses convergent, y compris dans les milieux anglophones proches des traditionalistes, sur l'idée que Léon XIV prépare un "dernier appel" formel avant l'échéance.
Le Code de droit canonique de 1983 est précis. Le canon 1382 prévoit l'excommunication latae sententiae - c'est-à-dire automatique, sans procès préalable - pour tout évêque qui consacre un autre évêque sans mandat pontifical, ainsi que pour le consacré lui-même.
Ce n'est pas une menace nouvelle. C'est exactement ce qui s'est produit en 1988, lors des sacres d'Ecône. Mgr Lefebvre et les quatre évêques consacrés avaient alors été excommuniés. Jean-Paul II avait qualifié cet acte d'"acte schismatique" dans le Motu Proprio Ecclesia Dei (1988). Benoît XVI avait levé ces excommunications en 2009 (décret de la Congrégation pour les évêques, 21 janvier 2009), ouvrant un chemin vers la pleine communion. Ce chemin n'a jamais été fermé. Il n'a pas non plus été parcouru.
La communion ecclésiale n'est pas une question administrative. Elle touche à la nature même de l'Eglise en tant que Corps du Christ. Thomas d'Aquin enseigne dans la Summa Theologiae (III, q. 8) que le Christ est le chef de tout le Corps ecclésial : s'en séparer volontairement n'est pas simplement une rupture juridique. C'est une blessure infligée à l'unité du Corps.
La question de fond posée à la FSSPX est ecclésiologique : peut-on défendre la tradition en se séparant de celui qui en est le gardien institué ? Mgr Lefebvre pensait que oui, dans les circonstances de 1988. L'histoire de l'Eglise, de Cyprien d'Carthage aux Pères du Concile de Trente, répond autrement : rester dans l'Eglise n'est pas trahir la tradition. C'est, souvent, la forme la plus exigeante de la fidélité.
Il faut distinguer : ce qui relève du Magistère ordinaire universel, qui s'impose à la foi, et ce qui relève des décisions disciplinaires, que l'on peut respectueusement discuter à l'intérieur de l'Eglise. La FSSPX a parfois confondu les deux, justifiant une rupture disciplinaire par un désaccord sur des orientations pastorales. Ce glissement est lui-même une erreur théologique.
Quinze jours. C'est le temps qui reste avant le 1er juillet. La question n'est pas seulement canonique. Elle est spirituelle : qu'est-ce que la tradition, si ce n'est la transmission vivante de la foi à travers l'Eglise unie à son chef ? Une tradition qui exige la rupture avec Rome pour être "préservée" a cessé d'être catholique au sens propre du terme.
Léon XIV a dit "c'est leur choix." Ce respect de la liberté humaine est lui-même un acte pastoral. Le Pape n'impose pas. Il appelle. L'Eglise attend.
Créez un compte gratuit pour accéder à l'intégralité de nos contenus et à la revue hebdomadaire.
Connectez-vous pour rejoindre la discussion.
La miséricorde, c'est important, mais là on parle d'un acte qui divise l'Église. Faut pas tout confondre.
Trente ans d’hésitations, et c’est maintenant qu’on nous sort un « dernier appel » ? Franchement, ça fait un peu tard.
Un appel sincère, mais est-ce que la FSSPX va vraiment l’entendre ? J’ai peur que ce soit trop tard pour éviter la fracture.
FSSPX : Léon XIV lance un dernier appel avant le 1er juillet