RomeRéservé aux membres il y a 44 min3Ajouter aux favoris

Deux cardinaux, deux lectures de la crise FSSPX. Alors que Rome vient de notifier l'excommunication, le cardinal Müller juge Traditionis Custodes "sans effet positif" et réclame la pleine liberté de la messe traditionnelle. Le cardinal Fernández laisse entrouverte la porte d'un dialogue futur.
Nous avions suivi la tragédie canonique : la lettre du Pape à Pagliarani, les sacres du 1er juillet à Écône, la notification de l'excommunication le 2 juillet. Le schisme est consommé. Mais deux cardinaux romains ont pris la parole dans la foulée, révélant la crise de discernement au coeur même de Rome.
Le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet émérite du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a déclaré le 1er juillet à Il Giornale que Traditionis Custodes "n'a pas eu d'effet positif" et qu'il convient de "récupérer la pleine liberté pour la messe traditionnelle", dans la lignée de Summorum Pontificum de Benoît XVI (2007). Simultanément, le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet en exercice du même Dicastère, confiait au journaliste Michael Haynes que la FSSPX avait refusé la proposition de l'Église - dont la teneur reste inconnue - en ajoutant : "Nous espérons qu'à l'avenir le dialogue sera possible."
La distinction est nécessaire. Traditionis Custodes est un acte du Magistère ordinaire pontifical, non une définition dogmatique. Un cardinal peut en contester l'opportunité pastorale sans dissidence formelle : c'est la liberté reconnue par le canon 212 §3 du CIC, qui reconnaît aux fidèles le droit de manifester leur opinion aux pasteurs sur ce qui touche au bien de l'Église. Mais la simultanéité de cet appel avec le schisme consommé est troublante. La question demeure : Traditionis Custodes fut-il une cause de la radicalisation de la FSSPX, ou en fut-il le prétexte ? La ligne entre cause et occasion est rarement tranchée dans l'histoire des divisions (cf. CEC 817).
Pour les communautés Summorum Pontificum restées dans l'obéissance, l'intervention de Müller est un signal précieux : leur fidélité n'est pas confondue avec le schisme. Pour Rome, toute révision de Traditionis Custodes dans les semaines qui suivent les sacres risquerait d'être lue comme une concession arrachée par la rupture - ce que ni Léon XIV ni le cardinal Parolin ne semblent prêts à concéder.
Ce que ni Müller ni Fernández ne révèlent : la nature de la proposition soumise à Pagliarani avant le 1er juillet. Sans ce détail, aucun jugement équitable n'est possible sur le refus de la FSSPX. L'opacité romaine nourrit les spéculations. Le vrai chantier qui s'ouvre est celui des décrets d'application : quel statut canonique pour les prêtres ordonnés par les évêques excommuniés ? Quels sacrements pour les fidèles ?
"Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi" (Jn 17, 21). L'unité n'est pas une option disciplinaire. Pour les fidèles attachés à la messe traditionnelle, l'heure est à la vigilance dans l'obéissance - ne pas se laisser entraîner dans le sillage du schisme par solidarité liturgique. Pour Rome, l'heure est à la transparence : dire ce qui fut proposé, et ce qui fut refusé.
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Et si le vrai défi, c’était de faire coexister ces deux approches sans les opposer ? La liberté et le dialogue ne s’excluent pas.
Et si le vrai dialogue commençait par écouter ceux qui prient autrement sans les réduire à des « traditionalistes » ou des « progressistes » ?
Müller a raison sur le fond : la liberté liturgique n’a jamais été un problème, mais une solution. Pourquoi en faire un champ de bataille ?
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