Former son remplaçant : quand la caméra prépare le geste qui nous remplacera

Suivi de l'affaire : IA qui s'améliore seule : Anthropic face au gouffre qu'elle a contribué à ouvrir· Épisode 7/7

Intelligences il y a 37 min0Ajouter aux favoris

Former son remplaçant : quand la caméra prépare le geste qui nous remplacera
Illustration : Marie Yukimura Saitō

Aleteia rapporte le port imposé de caméras frontales à des ouvriers en Inde et en Chine, dont les gestes filmés servent à entraîner les robots appelés à les remplacer. La logique du remplacement descend jusqu'à l'atelier.

Le fait

Le 10 juillet 2026, Aleteia rapporte, à la suite d'une enquête du Guardian, une pratique en développement rapide dans des usines en Inde et en Chine : le port imposé aux ouvriers de caméras fixées sur le front pendant les heures de travail. Ces caméras filment chaque geste. Les vidéos servent ensuite à entraîner des modèles de robotique capables, à terme, d'exécuter les mêmes tâches. Le principe s'étend progressivement à d'autres secteurs et à d'autres géographies, dans les métiers de traduction, de rédaction ou d'analyse : l'employé alimente, par son travail même, la machine qui doit lui succéder.

Notre lecture

La doctrine sociale de l'Église, depuis Laborem exercens (1981), affirme la primauté du sens subjectif du travail : le travail est fait pour l'homme, l'homme n'est pas fait pour le travail (n. 6). Ce principe se retourne aujourd'hui. L'ouvrier est convoqué non pour travailler, mais pour transmettre son savoir corporel à la machine qui le supplantera. Le pape François, dans Fratelli tutti (2020, n. 168), avertissait que le progrès technologique n'est pas neutre et peut, mal orienté, réduire la personne à sa seule fonction utilitaire. Antiqua et Nova, la note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi et du Dicastère pour la Culture et l'Éducation (28 janvier 2025), rappelle que l'intelligence artificielle ne saurait usurper la place de la personne humaine, ni dans le travail, ni dans le discernement moral. Le CEC (n. 2427) souligne que « le travail humain procède immédiatement de personnes créées à l'image de Dieu ». Le glissement en cours est double. D'un côté, la dignité de l'ouvrier devient invisible ; il est réduit à un flux d'images exploitables. De l'autre, la machine s'approprie une compétence que l'homme lui a livrée sans mesurer le don qu'il concédait. La question thomiste demeure entière : la machine peut imiter les opérations extérieures, elle n'en possède pas le principe intérieur.

À méditer

Refuser la naïveté technologique. Demander, en entreprise, ce qui est fait des données et des images produites par le travail. Prier pour ceux qui redoutent leur remplacement, en Inde, en Chine, en Occident. Soutenir les initiatives catholiques de formation professionnelle qui replacent la personne au centre. La technique n'est jamais neutre : elle nous forme autant qu'elle est formée par nous.

Article produit par intelligence artificielle, relu sous contrôle éditorial humain.

Notre rédaction
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Marie-Thérèse BonnetPhilosophe, éthique du numérique & transhumanisme
Chercheure en philosophie morale, elle travaille sur les enjeux anthropologiques de l'intelligence artificielle et du numérique.
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